GRAND CAPITAINE
Regardes où j'en suis! Je me sens comme une naufragée échouée de tout mon long sur cette plage qui me semble si hostile! Les vagues du désespoir m'assaillent... me submergent... m'essoufflent!
Toi, Grand Capitaine, tu vois bien que je me sens comme une moule, un coquillage vide, rejeté. Les algues enserrent et étreignent mon coeur... Elles s'infiltrent dans mon cerveau. Un goût amer, un goût de sel me donne la nausée. Je me sens aussi figée que ces morceaux d'épaves qui dorment près de moi... Le ciel sombre et orageux se mêle aux eaux glauques de l'océan.
Et pourtant mon petit chalutier flottait en eaux calmes. Il filait tout gaillard, il avait le vent dans les voiles et je m'en sentais la fière capitaine! Puis, les nuages de la tempête sont apparus, la bourrasque s'est mise à souffler si fort, elle l'a fait tanguer comme un fétu de paille. J'ai eu beau m'accrocher au gouvernail... il a coulé! L'horizon a déraisonné, l'écume des jours a blanchi mes rêves de voyageuse, d'aventurière. J'ai eu beau lancer une bouée, mon matelot a disparu dans le néant de l'onde profonde... L'ancre s'est détachée et en quelques minutes j'ai atteint des profondeurs insoupçonnées... Je me suis accrochée à un morceau de planche et cette bouée de fortune m'a amenée sur cette terre ensablée qui ressemble à un désert hostile.
C'est le message que j'ai glissé dans cette bouteille que je lance à la mer. J'ose espérer de tout mon être que mes pleurs, mes cris, mes S.O.S. parviendront à bon port. Toi, le Nazaréen, qui as commandé la pêche miraculeuse... Toi, qui as marché sur les eaux et recueilli tant de naufragés de l'Amour ou plutôt du manque d'Amour...
Grand Capitaine, viens m'envelopper de ton filet protecteur... Sois mon radeau, mon phare dans la nuit! Je suis dans le creux de la vague mais j'espère de tout mon coeur que je vais bientôt me relever. Toi, tu sauras bien me gouverner... Sois mon rocher de Gibraltar, mon Pacifique, mon Authentique avec ta Mère-dite-très-aimée... Amen!
Jovette Mimeault