Une bourrasque de
vent me frôle la joue et la fait rougir. Mes yeux s'enivrent de
tant de beauté pure et cristalline. Mon souffle s'essouffle à
vouloir prendre le rythme de cette farandole glacée. Le ciel
est coloré et j'entends le clapotis du ruisseau qui a pris sa source
dans la terre enfouie sous des amas de neige. Mes pas
s'impriment dans cette poudre blanche et j'entends la neige couiner
comme une bête blessée ... Je ne peux que m'incliner devant la
force que ce paysage glacé imprime dans mon coeur. Les oiseaux
sont partis voleter sous un ciel plus clément et le silence me
murmure entre deux coups de vent que je ne suis jamais seule malgré
les apparences. Le ciel orangé accueille le soleil frileux qui
va s'emmitoufler dans son lit pour s'y réchauffer. Il m'invite
à faire de même. À me recueillir pour m'unir à mon âme
malgré mes frissons...
L'hiver est une
période exigeante, un temps de profonds changements
intérieurs. Une quête d'espérance. Un temps paraissant
figé mais en même temps une invitation à se surpasser et à bouger
pour ne pas s'enliser dans nos habitudes rassurantes. À quoi
bon se révolter devant la froidure? Ne vaut-il pas mieux
accepter les changements sans résister? Se protéger?
Prendre un temps d'arrêt à l'abri pour mieux refleurir quand le
printemps se réveillera?

Quand le moment
sera venu... le chaton de saule ne pourra résister à
l'éclatement de son bourgeon et la sève de l'érable ne pourra
s'empêcher de monter pour lui redonner vie même si pour le moment
ses branches ressemblent à de grands bras implorant le ciel à plus
de clémence. Tout est dénudé et la nature semble endormie
mais ne dit-on pas que ce qui attend de s'épanouir en chacun de nous
est beaucoup plus beau qu'aucune fleur et que c'est maintenant que
cela se produit? Un intermède pour se reposer entre deux
saisons de la vie?
Pour le moment,
mes buts et mes aspirations sont en germination. Il y a des
"graines-pensées" plus longues à germer mais elles
viendront bien qu'à renaître quand le moment sera venu! La
nature a ses secrets et elle seule connaît son propre rythme...
J'ai confiance en elle et en ses messages. Je suis convaincue
que ce qui paraît "impossible" pour l'instant deviendra
"possible". Ce blanc si pur dont est parée Dame
Nature n'est-il pas un symbole de Lumière? N'est-il pas une
invitation à ouvrir les portes de ma conscience pour y laisser entrer
l'Amour véritable? L'Amour envers moi-même qui se déversera
ensuite sur les autres?
Je prends du recul
et je regarde par la fenêtre ce paysage enchanté. Je me
permets de détailler les branches noircies à traits de fusain.
Je vois la nature comme une belle dame dénudée n'ayant pas peur de
montrer ses formes vallonnées. J'admire le vent qui la couvre
d'un voile léger dessinant sur ses cils des flocons de dentelle et
couvrant ses lèvres de givre miroitant. Je la respecte pour la
force éblouissante qui est son apanage!
Je suis unie à
cette saison de ma vie et j'apprécie ce temps qui me permet de me
recentrer et de poser le geste de quérir les branchettes
indispensables pour réchauffer l'âtre de mon coeur. Je
pétille d'une flamme intérieure qui me réchauffe et je m'enroule
dans ma couverture de laine pour mieux rêver ma vie et vivre le rêve
qui m'habite!
Jovette Mimeault
22 janvier 2003
Tous droits
réservés.
Texte dédié à
mon amie Johanne Lavoie