LETTRE À MON MOHICAN...

 

Mon cher fils...

 

Que pourrais-je t'écrire de plus que je ne t'ai pas déjà dit?  Je me raconte à toi depuis que tu es dans mon ventre...  une belle connivence depuis 29 ans déjà!

 

  Je t'ai souvent dit que tu m'avais mis au monde en même temps que tu naissais en ce premier soir de l'été nouveau.  Dans la pièce où j'accouchais...  il y avait une grande fenêtre...  Je te tenais enfin dans mes bras mon petit loup... Je te regardais et je relevais ensuite les yeux pour admirer le coucher de soleil...  C'était l'apothéose!  Soleil de ma vie tu es devenu, tu l'es encore et tu le resteras toujours!

J'ai réappris à marcher avec toi, un pas à la fois!  J'ai ri et j'ai pleuré avec toi.  Oui, nous avons grandi ensemble malgré les  ans qui nous séparaient.  Qui était l'enfant?  Qui était l'adulte?  Tu détenais déjà tant de sagesse en toi et moi je retrouvais enfin la pureté de l'enfance qui m'avais manquée...  Je venais d'avoir 20 ans.  Une femme-enfant qui donnait la Vie!

 

Je t'ai transmis mon amour des autres, de la nature et des animaux.  J'ai allumé ton regard pour que tu ailles plus loin que les apparences.  J'ai fait battre ton coeur devant l'oiseau et je t'ai chuchoté mes secrets à l'oreille!  Je t'ai raconté contes et légendes en te berçant amoureusement...  Je t'ai surtout transmis la douceur d'Aimer, le courage de ne pas abandonner.  Je t'ai appris que le soleil est plus fort que les ténèbres...  Je t'ai appris le pouvoir des larmes, pierres précieuses...  Oui, elles se font pluie nourricière pour t'abreuver...  éteignant ta souffrance quand elle embrase ton coeur!

  Dans tes mots d'enfant-poète tu disais que la goutte de pluie qui coulait sur la vitre embuée s'appelait "Eau de pleur" et que c'était Jésus qui avait de la peine parce qu'il n'y avait pas assez de soleil!  Tu aimes encore tant le soleil et ton coeur sensible transmet tant de chaleur autour de toi!

 

Tu gardes en toi, même en prenant de l'âge...  la simplicité de l'enfant que tu as été.  Les biens de ce monde ne t'attirent pas et tu possèdes peu de richesses matérielles.  Tu jettes un regard toujours aussi pur sur le bourgeon qui sort, sur la plante que tu arroses et tu flattes la fourrure du chat sensuellement.  Sur la feuille du livre aux coins racornis tu inscris encore tes élans de passion dans la marge...  Tu te racontes encore des histoires et tu les croies...  Tu conquiers bien des coeurs de femme mais ta soif de liberté est plus forte que le désir de t'asseoir au pied de l'arbre de la Fécondité...  Quand le paysage de ta vie te semble hostile...  tu fuies à ta manière en buvant trop d'Eau de Feu que tu croies Eau de Vie...  Tu enfumes tes idées, tu chantes, tu deviens "guerrier pacifique" face aux conflits et aux batailles...

Tu es mon DERNIER DES MOHICANS...  Beau, fort et tellement différent des autres autour de toi!  Tu me sers souvent dans tes bras, tu me dis tant de fois que tu m'aimes.  Tu me racontes qui tu es même si je le sais déjà!  Tu n'oublies rien.  Dans ta besace, il y a de doux talismans, des grains de blé et de maïs... mais aussi ta hache de guerre que tu n'as pas encore enterrée!  Ce geste symbolique sera le plus grand car ce sera celui du Pardon! 

 

Ensemble, nous piétinons les sentiers de notre forêt.  Nous nous arrêtons encore sur le bord de la rivière et nous nous rappelons notre "princesse lointaine" tant aimée!  Nous regardons la forme des nuages, la course du soleil dans le ciel...  Parfois, tu me tends la main pour m'aider à te rejoindre sur ta colline...  mes pas déjà se font plus lents et c'est à ton tour de m'attendre...

Les saisons passent...  La lune brille aussi souvent que le soleil.  Le lac n'est pas toujours calme et la vague est souvent houleuse.  Du sang indien coule dans nos veines et nos coeurs s'abreuvent à la source de nos croyances ancestrales...

 

J'ai appris à t'Aimer tout en te laissant vivre à ta manière...  Fils de Liberté je t'aime comme tu es!  Tu fais la même chose de ton côté et tu me fais sentir "femme libérée" tout en étant ta Mère...  Le vent de l'Amour tourbillonne autour de nous... 

Tu m'as donnée la Vie mon fils!

En même temps que je te l'offrais...

Je t'aime Yannick, fils du vent...

Fils du soleil et de la pluie...

Loup au regard perçant,

Mon DERNIER DES MOHICANS...

Je t'aimerai jusqu'à mon dernier souffle!

Et quand j'irai rejoindre notre PRINCESSE...

Nous veillerons toujours sur toi...

Deux étoiles dans ta nuit d'été...

Aurores boréales dans ta nuit d'hiver...

Oies blanches au printemps...

Feuilles rougies à l'automne!

 

Ta mère de la Terre!

 

 

Jovette Mimeault

14 février 2002

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