JE METS LE CAP SUR L'ESPÉRANCE

Je suis femme d'émotions.  Souvent, mes pensée divaguent et plongent dans un monde magique et mystérieux.  J'atteins des profondeurs qui me dévoilent des paysages que je croyais avoir oubliés.  Le voile se déchire et l'onde se fait porteuse de secrets que je ne croyais jamais découvrir.  Ce monde me rend parfois craintive mais quand je plonge en toute confiance, délestée de mes amarres, j'y retrouve mon essence.  Quand je me laisse bercer par la vague invitante et que j'ose abandonner mes idées bien ancrées,  je peux cueillir des mots-coquillages nacrés porteurs d'enseignements venus du fond des âges.  J'entends le chant de la sirène et j'unie ma voix à la sienne.  Le vent gonfle mes voiles et j'avance ainsi allègrement.

J'ai longtemps eu peur de quitter mon anse où j'y trouvais confort et sécurité.  Mais, un jour l'horizon s'est dessiné de couleurs miroitantes.  J'ai alors su qu'il fallait que je m'y rende si je voulais continuer d'évoluer.  J'ai eu le goût de voler comme Jonathan le goéland.  D'aller le rejoindre en haut des blancs nuages et de me laisser griser par mes élans.  J'ai osé quitter mon île et embrasser de nouveaux horizons.  Depuis, je cherche, j'avance et j'écoute les messages du vent.  Souvent, des larmes salées s'échappent de mes yeux mais je brave la vague déferlante ne sachant pas où elle me fera échouer.  Oui, le voyage est parfois bien difficile mais étant femme d'espérance je me laisse emporter sachant bien que rien n'arrive pour rien.  Je pêche une nouvelle expérience pour apprendre et évoluer...

Le brouillard est souvent dense et je dois m'arrêter pour ne pas me perdre ne sachant plus dans quelle direction me tourner.  Mes idées sont figées et la nausée me fait hoqueter.  La vie est un long voyage pour qui ose braver les éléments pas toujours stables. Parfois aussi, l'horizon devient mirage et la plage se fait invitante.  D'autres fois, je suis ballottée et les récifs me font frémir d'anxiété.  J'ai peur de m'échouer car mon coeur est déchiré.  C'est alors que le soleil se fait tendre pour me caresser et me consoler.  La lune devient miroir pour me démontrer ma beauté.  L'étoile s'allume pour me rassurer!  Je mets le cap sur l'Espérance et à nouveau je me laisse voguer!

Un jour, j'ai rencontré un vieux sage à la peau burinée.  Il m'a raconté ses escapades, ses voyages et ses aventures. Il a allumé en moi une étincelle et mon coeur s'est enflammé.  Depuis son plus jeune âge, il rêvait de palmiers et de vahinés. Il a osé quitter son village et s'embarquer sur un rafiot tout rouillé.  Il a tremblé de tous ses membres et a souvent versé des larmes.  Il a cru mourir noyé mais un jour...  il a enfin vu son île se dessiner à l'horizon.  Les palmiers se sont profilés et les vahinés ont dansé pour lui.  J'ai vu le bleu du ciel dans ses yeux et avec lui j'ai marché sur le sable doré.  Il a vécu son rêve d'aller plus loin et de connaître d'autres usages.  Il a aimé une femme et avec elle il s'est rendu encore plus loin.  Quand elle s'est endormie pour toujours, il a su qu'il pouvait maintenant revenir dans son pays.

Un jour, j'ai rencontré un vieux sage sur une plage.  Il repeignait sa chaloupe sur le bord du rivage.  Jaune safran et bleu océan.  Je lui ai demandé s'il voulait repartir.  Il m'a dit en souriant qu'à chaque jour de beau temps, il venait s'asseoir sur le vieux quai.  Dans sa tête, il faisait de beaux voyages et allait rejoindre en pensée sa belle vahiné.  Il m'a regardé dans les yeux et il m'a dit:  Tu sais petite...  j'ai découvert que le fond du coeur était plus loin que le bout du monde.  Je voyage maintenant dans celui-ci et j'en suis ravi.

 Je me rappellerai toujours de ce vieux sage.  Comme lui, j'ai quitté mon rivage et j'ai osé partir en voyage.  J'ai été voir au fond de mon coeur mais j'y retourne souvent car j'y découvre encore des trésors et je n'ai pas fini d'apprendre.  Oui!  Tout comme lui je m'ouvre à l'Amour et je vais rejoindre en pensée ma belle vahiné.  Je la vois danser sur des nuages et sa couronne de fleurs est si odorante.  Avec elle, je danse ma vie et je me laisse éblouir par la lumière qui la réchauffe.

 Je me suis bâtie une maisonnette sur une île lointaine.  Elle est blanche et ses volets sont bleus comme le ciel.  Son toit est de chaume et la brise entre doucement en faisant voleter des rideaux de mousseline légère.  Entendez-vous la douce musique?  Est-ce de la harpe ou est-ce le chant d'une sirène? Les fruits sont pulpeux et je les hume.  Il n'y a pas de miroir car je l'ai traversé en pensée.

Oui, quand la vie me paraît trop vide... je pars vers un pays lointain!  Ce pays est le fond de mon coeur.  Est-ce une fuite?  Je ne le crois pas car comme Pearl Buck l'a écrit:  "La vraie sagesse de vie consiste à voir l'extraordinaire dans l'ordinaire."  Donc, je voyage sur la mer de mon coeur et j'écoute la voix de ma sirène intérieure.  Je vogue allègrement et surtout je mets le cap sur l'Espérance!

Bon Voyage au pays de ton coeur!

 

Jovette Mimeault

8 avril 2002

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