Viens
vite avec moi! Allons nous enivrer d'air guilleret qui
chatouille et qui maquille le teint de bonhomie... Pommettes à
croquer et bout du nez rougi! Le temps frais est invitant et il
est bien difficile de refuser une si belle invitation même s'il fait
un temps de canard!
Sortons nos tricots de laine, nos bottes et nos parapluies!
Allons jouer à la marelle ou nous épivarder sur les trottoirs
jonchés de feuilles faisant l'école buissonnière... Laissons
notre peau s'hérisser, frissonner! Laissons l'outarde et
l'oie blanche nous saluer de l'aile battante! Faisons-lui un
dernier geste de la main pour l'inciter à revenir dès que les jours
seront plus longs et que le printemps éclatera à nouveau!

Jouons
vite à dépister l'été indien... Suivons sa trace et allumons
les petits bois des couleurs flamboyantes s'étalant sur ses feuilles
crépitantes... Laissons-nous charmer par les derniers soupirs
alanguis de la tourterelle triste de bientôt nous quitter...
Plantons les bulbes de l'Espoir et faisons des guirlandes avec la
vigne séchée!
La
nature, doucement, dodeline de la tête avant de s'endormir pour de
longs mois. Elle nous laissera ses rêves brûlants en
héritage... Visions de jardins à refleurir, de demoiselles à
conquérir et de beaux à ravir!

Paysages
de brume, bruine vaporisée sur le miroir de nos idées échauffées.
Pluie martelant la danse de la pluie comme l'indien réjoui de ce
cadeau du ciel! La soupe cuit et l'odeur chatouille nos narines.
Dans l'âtre la flamme lèche la bûche à petits coups de langues
langoureux... Bouillon de poulet, chaise berçante, bas de laine
et chemise à carreaux... Chien rêvassant du lapin sautant la
clôture. Chat ronronnant sur le bord de la fenêtre entre
l'hibiscus et le géranium rosé...
Automne
enchanteur... Je t'accueille à nouveau au jardin de mon coeur!
J'ai fait un bouquet de feuilles orangées et je l'ai placé dans le
pot de grès sur la table de bois... Bâtons de cannelle dans le
grog de cidre chaud... Tout est bon pour réchauffer mon âme de
paix intérieure... Âme parfois perdue sous les feuillages
denses de l'été disparu...

Plutôt
que de laisser la nostalgie imprégner mon visage, je cours vitement
chercher mon parapluie. Faire la coquette et partir en goguette
à la découverte de la feuille si jolie... Septembre, Octobre,
Novembre... si beaux mots pour décrire les paysages enfouis
dans l'écrin de mon coeur habité par les étés vécus si
intensément!

Jovette
Mimeault
2000
Tous
droits réservés.

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