RENOUER AVEC LA VIE

 

Renouer avec la vie après le décès d'un enfant par suicide ne se fait pas du jour au lendemain.  Perdre un enfant par maladie ou par un accident c'est difficile à accepter mais quand notre enfant décide de quitter la vie que nous lui avons offerte avec amour c'est l'horreur!  Le coeur, le corps, l'esprit résistent très mal aux assauts d'une telle souffrance.  Notre propre vie est remise en question.  Celle de notre couple l'est aussi car ce "mur de souffrance" est entre les deux!  Nos enfants qui restent ont aussi besoin de nous mais qu'avons-nous à leur offrir quand on ne se sent plus "en état" de le faire?  La relation avec les autres est aussi "difficile" car elle est empreinte de tristesse et de non-dits.  Nous avons besoin les uns des autres mais en même temps nous savons bien que c'est un travail de réconciliation avec la vie qui trouvera sa source dans notre propre coeur!  Nous avons besoin d'une présence bienveillante, d'une main qui se tend, que quelqu'un nous demande :  Qu'est-ce que je peux faire pour toi?  Juste écouter sans juger et sans nous dire quoi faire...

 

 

J'ai pleuré, crié, tempêté, gueulé...  Mon corps s'est rebiffé, il avait mal partout.  J'étouffais, j'angoissais.  J'étais sur terre mais ma tête était avec mon enfant partie trop tôt!  Je me sentais si coupable de n'avoir pas deviné ses conflits intérieurs et son immense peine et en même temps je lui en voulais de ne pas avoir parlé.  C'était la tempête dans mon être tout entier...

 

 

J'ai souvent voulu mourir.  Je souffrais tellement que je me disais que jamais je ne pourrais survivre à la perte de ma fille.  Que jamais je ne pourrais avoir la force d'avancer et je n'avais même plus la force de sourire et de voir la beauté autour de moi.  Mes yeux étaient toujours pleins de larmes et mon plexus était en feu...

 

 

J'ai dû avoir de l'aide d'une femme-médecin extraordinaire par son empathie à mon égard.  Je lui ai fait confiance et j'ai accepté de prendre des anti-dépresseurs car seule, j'étais incapable de surmonter ce drame.  Puis, pour dénouer mon corps qui s'affaiblissait à vue d'oeil, je l'ai remis dans les mains d'un massothérapeute.  J'ai changé mon alimentation.  Je mangeais peu mais je mangeais de bonnes choses...

 

 

Les paroles restaient souvent prises dans ma gorge.  Je me suis donc mise à écrire un journal à ma fille...  À chaque jour, je lui racontais ma souffrance, mes doutes et même mes colères...  Ce journal est devenu par la suite un livre que j'ai publié en 1997...  Au départ, ce n'était pas mon intention mais à force d'écrire et de mettre des mots sur mes maux...  Je me suis dit que peut-être ce serait bien de le partager avec des personnes qui passent par de telles souffrances...  Là, le début de ma réconciliation avec la vie était entamé car je venais de m'accrocher à un rêve!  Je venais de saisir un petit bout d'arc-en-ciel qui avait percé l'amoncellement de nuages noirs dont ma vie était recouverte!

 

 

J'ai aussi fait des démarches pour trouver un groupe de soutien.  Je suis allée au CLSC de mon quartier pour m'inscrire à un regroupement de personnes endeuillées mais...  je n'ai pu en faire partie car c'était un "cas de suicide"!  Incompréhension totale et rejet de ma réalité de mère souffrante!  Choquée, j'ai continué ma démarche et enfin je me suis retrouvée avec un groupe d'endeuillé(e)s par le suicide d'un proche...  J'y ai trouvé ce dont je recherchais.  Quel merveilleux groupe et que c'était rassurant de nous retrouver et de pouvoir dire notre souffrance...

 

 

Je me suis inscrite aussi aux AMIS COMPATISSANTS.  Une fois par mois, j'allais rejoindre des parents qui avaient perdu un enfant et écouter des témoignages.  C'était triste et pénible mais je me sentais moins seule et je sortais de chez-moi.

 

 

J'ai beaucoup lu et trouvé de la consolation par la lecture.  Je recherchais des livres spirituels et positifs...  Des livres qui m'ont aidée à comprendre, à réfléchir, à démystifier tout ce qui était incompréhensible, tout ce qui m'était inconnu... les mystères de la mort quoi!  Des chapitres qui m'ont fait sourire, des phrases qui m'ont fait un bien énorme!

 

 

La nature était aussi ma cathédrale où j'allais me ressourcer.  J'allais souvent au bord de la rivière où ma fille aimait tellement se rendre...  J'étais alors en communion avec elle et avec moi en même temps...  Les arbres et les oiseaux ont été témoins bien malgré eux de mes cris, de mes sanglots et de mes révoltes...  Il fallait que ma souffrance sorte de moi pour que je puisse faire de la place à la Vie!  Après une crise...  je me laissais aller à méditer et le clapotis de la rivière qui coulait me murmurait les sons de l'espoir que la vie continuerait de faire couler comme celle-ci...

 

 

Doucement, j'ai décidé de REDONNER UN SENS À MA VIE.  Oui, l'ouragan avait complètement changé mon paysage...  Je ressentais le besoin de me reconstruire petit à petit.  J'ai suivi des cours en relations d'aide, en intervention auprès des alcooliques-toxicomanes, auprès de personnes souffrant mentalement.  J'ai travaillé dans un organisme communautaire comme intervenante.  En donnant, je recevais moi aussi.  Je compatissais à la souffrance des autres et je ne me sentais plus seule.

 

 

Trois ans après le décès de ma fille...  Une autre épreuve nous attendait dans le tournant.  Notre fils de l7 ans a eu un grave accident de travail.  Il est resté quadraplégique et il a dû à son tour se raccrocher à la vie dans un corps paralysé et amoindri...  Mais, nous avons pris cela du bon côté et pour mon mari et moi...  malgré notre tristesse...  nous nous sommes dit :  "Tant qu'il y a de la Vie, il y a de l'Espoir"!  Aujourd'hui, notre fils a 20 ans et c'est un champion de la vie!

 

 

Tout comme moi j'avais dû faire le deuil de mon enfant, lui aussi a fait le deuil de son corps "debout"...  Cela nous a pris tout près de deux ans à tous les deux!  Ce beau jeune homme est une source d'inspiration pour moi et nous nous comprenons tellement que parfois nous n'avons pas besoin de nous parler car les mots seraient superflus!

 

 

Il y a deux ans, un ordinateur entrait dans la maison.  Ce fût le début d'une aventure merveilleuse pour moi.  Depuis, je ne me suis plus jamais sentie seule.  Enfin, je pouvais "me communiquer" à d'autres personnes et connaître des gens formidables.  Doucement, un rêve a germé.  Pourquoi pas faire un site?  Oui, un endroit où les personnes pourraient trouver réconfort et joie de vivre!!!

 

 

Je me suis donc inscrite à un cours d'informatique pour apprendre à construire mon site et depuis quelques mois je suis webmestre de MOUSSELINE ET DENTELLE!  Un autre rêve devenu réalité!

 

 

Ce qui ressort de cette histoire dramatique au départ pour moi...  c'est que maintenant je profite pleinement de la Vie.  Je ne cours plus après le Bonheur avec un grand B...  je le trouve dans mon coeur, en flattant mon chat, en me faisant chatouiller le bout du nez par un rayon de soleil.  L'important c'est de REDONNER UN SENS À SA VIE...

 

 

À chaque jour, j'échange avec de nombreuses personnes et je peux aussi m'adonner à ma plus grande passion qu'est l'écriture.  J'aide des gens qui souffrent et je mets du soleil dans le coeur des personnes.  Je me sens utile, valorisée et ce qui me paraissait HORREUR est devenu CALME ET ACCEPTATION...

 

 

Je continue d'étudier, de lire, de faire des recherches pour encore mieux aider les gens.  J'ai plusieurs rêves encore...  Publier un autre livre, ouvrir un "Couette et café" qui s'appellera CHEZ MOUSSELINE ET DENTELLE...  Comme je peins à l'huile, je veux aussi améliorer ma technique.  CRÉER MA VIE et mettre cette création au service des personnes qui ont besoin de se dire.  Oui, REDONNER UN SENS À CE QUI EST INSENSÉ au départ!

 

 

Voilà, où j'en suis rendue maintenant.  La route a souvent été difficile à piétiner mais...  un pas à la fois tout en me servant du passé pour jouir de mon AUJOURD'HUI et préparer ainsi mon futur!  Ma fille m'avait laissé comme doux message de garder mon sourire et d'accepter qu'elle évolue d'une autre manière...  Je crois que si elle me voit maintenant...  elle doit être fière de sa petite mère de la terre!  J'ai encore des larmes et je m'ennuie d'elle mais je croque dans la vie à pleines dents...  beaucoup pour moi et un peu pour elle!

 

 

BONNE ROUTE VERS LA RÉCONCILIATION!

 

Jovette Mimeault

27 octobre 2001

 

 

L'héritage laissé par ma fille bien-aimée.

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Musique:  Espoir