LETTRE DE VIRGINIE

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Bonjour,
Je suis née d'une mère amérindienne et d'un père québécois. Je suis la dernière d'une grande famille constituée de dix enfants (4 filles, 6 garçons). Ma mère est devenue veuve à 36 ans. Je n'avais qu'un an quand mon père est décédé. Elle est donc restée seule à élever cette grande famille. Ma mère a fait preuve d'une grande ingéniosité pour nous élever et je n'ai pas été gâtée malgré une enfance heureuse.
Vers l'âge de 19 ans, j'ai connu un amérindien dont j'étais très amoureuse. Ma mère était contre cet amour mais... lui et moi, nous voyions quand même en cachette. Notre amour était très fort. J'avais déjà connu quelques amourettes mais rien de comparable avec ce que je vivais avec cet homme. Il était un "marginal" à cette époque car il avait une grande tresse dans le dos. Ça ne se voyait pas tellement dans ce temps-là.

Nous avons décidé de nous marier à la manière indienne... Il me fit donc la promesse devant le chef-indien de sa tribu Attikamek de me marier au mois de mars suivant malgré les réticences de ma mère. C'étaient nos fiançailles!
Au jour de l'an précédant ce mois de mars tant attendu... arriva le drame de ma vie. Il est revenu me conduire dans ma famille. Je n'étais pas encore entrée dans la maison que j'entendis un grand bruit. Mon amour venait de faire une collision frontale avec un poids lourd dans une courbe près de chez-nous. Il est mort sur le coup et moi je suis restée stoïque, sans rien dire. Je suis demeurée longtemps dans cet état puis une révolte est ressurgie du plus profond de moi. Ma famille ne savait plus quoi faire pour m'aider. Je suis donc allée vivre chez ma soeur mais.... le pire arriva! J'ÉTAIS ENCEINTE!

Personne de ma famille ne voulait de moi avec cet enfant. Mon beau-frère m'a mis à la porte de sa maison. Je me résignai à aller demander de l'aide auprès des Services Sociaux et les intervenants m'ont conseillé de me rendre dans un foyer qui accueillait des femmes non-mariées en attente d'un enfant. J'y retrouvai là une vraie famille, de vrais parents. En retour de leur hospitalité, je faisais quelques légers travaux ménagers et je gardais leurs enfants. J'ai été très heureuse à cet endroit. J'y suis demeurée presqu'un an puis, j'ai recommencé à travailler.
J'ai accouché d'une belle petite fille aux cheveux roux et aux grands yeux noirs. Je l'ai prénommée Christine. Durant deux ans je n'ai vécu que pour ma fille et mon travail. Durant la fameuse "crise d'octobre" en 1970, j'ai fait la rencontre d'un militaire qui était de garde dans mon coin de pays. Je me suis laissée apprivoiser de nouveau et je tombai amoureuse de cet homme. Il aimait beaucoup ma fille et il me disait vouloir lui donner un foyer et son nom. Je me suis donc mariée avec lui.

Au début, tout allait bien. Quelques mois après ma fille a commencé à changer de comportement et à faire des crises. Elle se jetait par terre, se cachait sous les meubles. Dans ce temps-là, mon mari perdait patience et la frappait. Moi, je n'acceptais pas cela. Un jour, il a commencé à me frapper. Je voulais m'enfuir mais je me suis aperçue que j'étais enceinte à nouveau. Plus le temps passait et plus il me battait de plus en plus fort. Je portais des marques mais jamais personne ne levait le petit doigt pour me venir en aide.
J'ai eu un beau garçon en santé. Ma fille continuait à avoir une peur atroce de cet homme qui était mon mari. Après l'accouchement, j'ai décidé de retourner sur le monde du travail en étant serveuse et je faisais garder mes enfants par mon mari.

Un jour, il a eu la brillante idée de me proposer d'aller suivre mon cours d'infirmière comme je l'avais toujours désirée. Une autre de ses brillantes idées. Il me proposa de payer mon cours et mes livres et que je le rembourse quand je travaillerais dans ce domaine. J'ai adhéré à sa proposition car c'était un rêve pour moi.
Je fus obligée de terminer mon cours secondaire en plus de suivre mon cours d'infirmière. Ce fut très difficile et je ne savais pas quels étaient ses plans. À un moment donné ma fille s'est fait garder chez une dame qui était amie avec une travailleuse-sociale. J'allais la chercher durant la fin de semaine. Je trouvais qu'elle était plus épanouie et qu'elle faisait moins de crises depuis qu'elle habitait chez cette dame. Ce que je ne savais pas c'est que mon mari et elle avait concocté un plan. Un vendredi soir en allant chercher ma fille... horreur! Plus de dame, plus de meubles, plus d'enfant... Elle était partie en emmenant ma petite Christine!

Où était-elle? J'étais tellement sous le choc que j'en ai perdu connaissance et c'est un voisin qui m'a ramassée sur la pelouse. Il a vite appelé l'ambulance et les policiers. Elle avait kidnappé mon enfant et le pire c'est qu'elle avait fui aux États-Unis en traversant la frontière du Canada.
Je me suis retrouvée plusieurs fois hospitalisée mais je continuais tout de même à faire mon cours d'infirmière car ce drame est survenu alors que j'étais sur le bord de terminer et de faire mes examens finals. Je me sentais si impuissante car je n'avais pas un sou et j'avais une peur bleue de mon mari qui disait "m'aimer" tout en continuant à me battre et en me menaçant de me tuer si je l'abandonnais.

Quand ma fille a eu 19 ans j'ai retrouvé sa trace. Elle habitait en Virginie et elle ne voulait rien savoir de moi car elle ne connaissait que ceux qui l'avait élevé. Elle ne voulait rien savoir de son frère qui se droguait. Elle ne me connaissait pas et elle ne connaissait pas sa vraie histoire. Elle a communiqué avec moi quelques fois mais c'était juste pour me faire plaisir.
Après 25 ans de mariage, mon mari m'a annoncé qu'il voulait retourner vivre dans le coin où il était né. Comme je travaillais, il a soutiré tout mon argent ainsi que mon fond de pension pour s'acheter deux bars de danseuses nues. Bien sûr, j'ai tout perdu et mon mari a commencé à me tromper impunément avec les danseuses et je ne savais jamais où il était. J'avais aussi mis beaucoup d'argent dans des cures pour mon fils qui continuait à se droguer sans arrêt. Bref, j'ai tout perdu et j'étais devant un gouffre!

Au bout du rouleau j'ai abandonné cet être qui m'a tant fait souffrir et je suis partie avec mon "drogué de fils"... Je me suis retrouvée dans un petit appartement et j'ai continué à travailler. Pendant un an j'allais passer du temps pour prier dans une communauté religieuse. J'en profitais pour pleurer sur mon triste sort.
Un jour, mon fils me suggère de m'acheter un ordinateur pour me changer les idées. Je le fais et je commence à me faire des ami(e)s. Je commence à clavarder avec un certain "Flo". Je ne veux plus rien savoir des hommes mais je lui raconte mon histoire et je me sens écoutée. Il demande à me voir mais je ne me sens pas encore capable. Je lui dis de patienter et c'est ce qu'il a fait..... durant un an.

Un jour, il est revenu à la charge et il a demandé à me voir. Il était veuf depuis 8 ans. Dès cette rencontre ce fût la fin de mon calvaire. Nous nous sommes aimés comme nous étions dans le respect mutuel. Ensuite, je suis allée rencontrer sa famille dans son milieu et j'ai été accueillie avec amour. Je me suis sentie très vite adoptée. Nous sommes demeurés ensemble durant trois ans puis nous nous sommes mariés. Déjà un an que nous sommes unis par le mariage. Je suis très heureuse. J'ai délaissé mon passé, ce fardeau si pesant!
Que je l'aime mon "ange"!

Virginie xxx
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Bonjour à nouveau!
Je suis tellement fière. Dans les années 80 je faisais de la peinture mais j'ai arrêté car je n'en pouvais plus des critiques de mon "cher mari" et de ses sarcasmes. Cela m'a traumatisée et je n'osais pas recommencer à peindre... Jovette! Wow! Je m'y suis remise car Flo m'encourageait à le faire. Je suis en train de faire une peinture chinoise car j'avais un petit mur à décorer et que notre chambre à coucher est décorée de "style chinois"!
Que je suis heureuse d'avoir une autre réussite à mon actif. Flo aussi est très fier de moi.

J'ai dévoré ton livre et je te félicite. Je te trouve forte d'avoir passé à travers une telle épreuve. Moi aussi j'ai traversé un cauchemar et je suis convaincue qu'il faut se féliciter d'avoir autant de forces intérieures... La vie m'a apprise à connaître mes limites et à savoir me tasser des situations qui m'agressent et surtout de toujours GARDER ESPOIR!
Une thérapeute m'a déjà dit: "Tu sais, il n'y a pas que de la "merde" dans la vie. Oui, il y a aussi des petits bonheurs. Fais provision de ces petits bonheurs et à la longue tu vas te conditionner à être heureuse!

C'est ce que j'ai fait et maintenant je suis heureuse dans mon coeur. Je me répète souvent : "Virginie, tu es belle, tu es bonne, tu es fine! Va de l'avant fille et ne regarde plus en arrière!" Les gens qui ne m'aiment pas je m'en fous. Cela m'a pris 55 ans pour apprendre cette grande leçon mais je suis maintenant heureuse, je suis en amour avec moi et je suis aimée... c'est le principal!
Virginie xxx
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