LETTRE DE LISE

 

Bonjour,

 

Mon nom est Lise.  J'ai perdu mon tendre époux après 43 années de mariage.  Nous aurions fêté notre 45ième anniversaire de mariage le l6 février.  J'ai ressenti le besoin de te partager cette lettre écrite à mon époux.  Je suis encore en deuil car il n'est parti que depuis 9 mois.  Dans cette courte missive, j'explique dans mes mots tout ce que je ressens, les sentiments qui m'habitent les uns après les autres.  Peut-être te reconnaîtras-tu?  Peut-être que cette lettre pourra t'aider à voir que tu n'es pas seul (e)?  J'aimerais beaucoup échanger avec des personnes qui vivent ce que moi je vis...  Je ressens le besoin de dialoguer avec d'autres personnes car je me sens parfois si seule même si je suis entourée par ma famille et mes ami(e)s...

 

Cette nuit, incapable de dormir...  j'ai ressenti fortement ce besoin de coucher toutes mes émotions sur une page blanche.  J'écris depuis longtemps mais mes textes dorment dans un tiroir...

 

 

Mon amour, 

Après le choc, après la douleur, après la souffrance, je me suis trouvée pantelante, perdue sans toi.  Mais qu'est-ce qui m'arrive?  J'ai peur, je pleure constamment, je suis perdue.  Pas moi! Mon Dieu, pas moi! Je suis bien trop fragile! Les autres sont plus fortes mais moi? Comment vais-je faire pour continuer à vivre? Je veux partir aussi!   Et jour après jour, je me réveille et je suis encore là! Mon plexus solaire me fait si mal!

 

Je vide ma grande souffrance en l'exprimant à tout venant. Peut-être que cela allègera mon chagrin? On me supporte pourtant mais on ne peut pas prendre ma souffrance.  J'en parle et en reparle et je pleure.  J'écris ma détresse mais j'en suis toujours au même point.  On me parle de laisser le temps agir.  Que je déteste ce mot ¨TEMPS¨ car c'est tout de suite que je veux arrêter de souffrir...

 

On m'écoute me redire... encore et encore!  Victime je deviens!  Pourquoi toi la Vie tu me fais ça? Pourtant tu sais que je suis une bonne fille! Pourquoi me laisses-tu seule? Je suis désemparée! Comment vais-je pouvoir continuer? SEULE! Seule mais avec plein de gens autour, mes enfants, mes amies qui ne se lassent pas de me soutenir.

 

Je me retire! Je fais silence.  Tout y passe: le déni (ça ne se peut pas), la colère (pourquoi m'as tu abandonnée?), la culpabilité (si j'avais su!), colère aussi contre Dieu (comment peux-tu?) puis le pardon!  Puis je me rends à l'évidence que jamais plus tu n'entreras.  J'en ai bien la preuve, cela fait maintenant neuf mois et la porte ne s'est pas ouverte, je n'entends plus tes pas.  C'est alors que je me rends véritablement à l'évidence, à la dure réalité.  Je continue à être victime et me faire pitié ou je me relève!  Mon Dieu, aide-moi! C'est alors que se fait l'ACCEPTATION.  Ai-je le choix? Oui, j'ai le choix de demeurer victime ou de me prendre en main!  Que de courage cela me demande!  Mais il le faut! J'ai maintenant l'urgence de vivre une journée à la fois pour les minutes qui suivent. Faire un petit pas de plus, tous les jours.  Et alors que je crois y parvenir je tombe encore une fois.  Oui, c'est difficile de continuer mais avec le TEMPS, j'y parviens plus longtemps.  Mais il y a des jours où il me semble que je reviens à la case ¨départ¨. Mais je sais que j'avancerai encore!  Et je remonte la côte avec espoir mais surtout avec confiance en sachant qu'avec le TEMPS je parviendrai à vivre sereinement.

 

  Je lâche prise, je n'en peux plus! Je sais que tu es près de moi et que tu m'aides à y parvenir. Oui, tu seras toujours là dans mon coeur, ton souvenir restera gravé.  Nous avions, à parcourir ensemble le chemin de la Vie et nous avons respecté le contrat sacré qui nous avait été donné.  Maintenant, mon amour, je te libère, vas dans la Lumière.  Ne t'inquiète pas pour moi, car je sais maintenant que tu m'as laissé un beau cadeau....mon AUTONOMIE!  Je t'aime.

Ta femme Lise...

 

 

Comme je me retrouve souvent sur le site Mousseline et Dentelle, j'offre cette lettre à Jovette pour le Jardin de la Réconciliation. 

 

Je te souhaite une belle journée remplie de soleil...  malgré la pluie qui coule encore souvent sur tes joues!

 

Lise Jutras

l.jutras@sympatico.ca

 

Guérir...

C'est se souvenir d'avoir aimé

sans en recevoir un grand coup au ventre.

C'est respirer sans les tensions

des sanglots étouffés.

C'est avoir la gorge libérée

d'une grosse boule de tristesse.

C'est sortir de la longue incubation

de la souffrance.

C'est naître à un monde nouveau

insoupçonné jusque là.

C'est être capable de vivre seul

sans se sentir esseulé.

Jean Monbourquette

 

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