LETTRE D'ANNA

 

Bonjour!

 

Une nouvelle année commence et moi je pense à mon fils Abel.  Lui aussi, s'est envolé le 27 septembre 1990 à l'âge de l6 ans.  Il était mon "bébé", mon sixième enfant.  Il était gâté et je me suis reprochée bien des fois de l'avoir trop chouchouté et protégé.  Jusqu'au jour où je me suis dit:  "Non Anna!  Il était épileptique, il devait prendre jusqu'à douze pilules par jour.  J'ai dû souvent partir de l'Abitibi pour le faire hospitaliser à Montréal.  T'as fait ce qu'il y avait de mieux à faire!"

 

Son rêve était de conduire un "gros camion" comme son grand frère et son beau-frère.  Il rêvait de posséder un mastodonte et de faire de la route.  À l6 ans, il a confié à quelqu'un qu'il voulait aller chercher son permis de conduire afin de concrétiser son rêve.  Cette personne ne voulait sûrement pas mal faire mais elle lui a dit:  "Tu sais Abel, je ne crois pas que tu réussiras à acquérir ton permis de conduire vu que tu souffres d'épilepsie!"...  C'est à cet instant que son rêve s'est effondré et deux jours plus tard il se donnait la mort...

 

 

J'ai pardonné à cette personne et je ne lui en ai jamais reparlé.  Cela fait maintenant 11 ans que mon fils est décédé mais je suis certaine que cette personne va s'en rappeler tout au long de sa vie...

 

Oui, cela fait 11 ans et j'ai maintenant 60 ans.  Il y a des jours où j'ai mal comme si cela venait d'arriver.  Il me reste 5 enfants dont les âges s'échelonnent de 41 à 32 ans.  Je suis aussi la grand-maman de l6 petits-enfants et à Noël, ma bru nous a annoncé qu'un nouveau petit bébé verrait le jour en mai prochain.  J'en suis si contente et mon mari aussi.

 

Mon mari est maintenant à sa retraite depuis un an.  J'avoue que je trouve cela parfois difficile de l'avoir toujours à la maison car j'étais habituée à être seule vu qu'il travaillait à l'extérieur et qu'il partait pour la semaine.  J'ai pris mes petites habitudes comme on dit!  Je ne suis pas "sorteuse" et j'apprécie le confort de mon chez-moi!  J'ai élevé mes enfants en l'absence du père qui quittait pour la semaine.  Je me suis toujours dit que ça prenait quelqu'un à la maison pour s'occuper des enfants...  alors, je n'ai pas travaillé à l'extérieur.

 

 

Je me suis mariée à 16 ans.  Je suis née à St-Jérôme dans les Laurentides.  Mes parents ont eu beaucoup de peine quand je leur ai annoncé que je voulais me marier si jeune et qu'en plus après mon mariage j'allais les quitter pour aller vivre en Abitibi.  Ce fut difficile pour eux de me voir les quitter pour aller faire ma vie si loin d'eux.

 

Je n'avais jamais connu de vivre sans eau, ni électricité, ni chambre de bain.  Chauffer la maison au poële à bois.  Ah!  qu'il fallait que j'aime mon mari pour vivre comme cela!  Une chance, j'avais une belle-famille merveilleuse et ma belle-mère me traitait comme sa propre fille.  Elle était "Amour" et comme j'étais aussi jeune que les dernières de ses filles, j'étais comme son enfant!  Je me suis beaucoup ennuyée mais je ne regrette rien.

 

J'ai le bonheur d'avoir encore ma maman.  Elle a maintenant 85 ans et nous partons à tous les deux mois de notre Abitibi pour nous rendre la visiter.

 

 

 

Le message que je veux transmettre c'est de toujours soupeser nos paroles et nos jugements.  Il y a des êtres très fragiles et on ne connaît pas toujours la portée de nos paroles.  Il ne faut jamais abandonner non plus même si la vie paraît parfois bien difficile!

 

Anna xxx

 

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