LE DÉNI

 

Même quand la personne que nous aimons est très malade et que nous nous attendons à sa mort.  Même quand nous l'avons accompagné jusqu'à son dernier soupir.  Que l'issue était prévisible et que nous n'en pouvions plus de la voir souffrir...  Il y a quand même un choc et c'est très difficile d'accepter que cette personne soit partie pour toujours.  Alors, imaginez quand cette réalité terrible arrive subitement.  Une crise cardiaque, un accident, une embolie ou un suicide! 

 

Sans vouloir faire de la discrimination...  je pense que le deuil par suicide est un deuil encore plus pénible à vivre.  S'il s'agit du suicide d'un enfant, cette mort remet en cause tout ce que le parent a donné comme Amour et Éducation à son enfant.  S'il s'agit du suicide d'un père ou d'une mère, cela va toucher aussi au plus profond l'enfant, peu importe son âge.  L'enfant se sent abandonné, coupable de n'avoir pas été assez "aimant" envers le parent puisqu'il n'a pu le retenir de faire son geste.  S'il s'agit d'un frère, d'une soeur, d'un ami, d'un collègue de travail...  encore l'incompréhension, la colère, la culpabilité de ne pas "avoir vu venir"!

 

Quand j'ai appris que ma fille s'était suicidée.  Que le policier me l'a dit.  Le choc a été si brutal que j'en ai perdue connaissance.  J'étais seule à la maison et celui-ci me l'a dit au téléphone.  Ce que je me souviens c'est un grand coup dans le plexus, comme un coup de poing!  Quand j'ai repris conscience...  je suis sortie de la maison pour aller chez une voisine mais j'étais comme dans un cauchemar.  On m'a dit par la suite que je criais à tue-tête mais je ne m'en souviens plus.  Amnésie totale dûe au choc!  Je crois que mon psychique a réagi ainsi car j'aurais pu en mourir à cause du choc si brutal de l'annonce de son décès. 

 

Dans les jours qui ont suivis...  Je disais souvent :  Elle a fini de souffrir!  J'entends souvent cette phrase aussi quand une personne décède par maladie.  Les proches de cette personne disent cela.  Cela ne veut pas dire qu'ils acceptent mais je crois que c'est pour mieux "gérer" et "digérer" ce départ qui fait si mal.  Suite à une mort subite et inattendue...  cela peut se traduire aussi par des phrases telles :

*  Il est mort heureux en conduisant son automobile neuve!

*  Il est parti en faisant ce qu'il aimait!

*  Quelle belle mort que de partir en dormant!

 

On peut aussi dire ou entendre :

 

*  C'est un cauchemar!  Je vais me réveiller et ce ne sera pas vrai!

*  J'ai l'impression de vivre sur une autre planète!

*  Je suis dans ma bulle et je n'en sortirai jamais!

 

Le temps du déni est variable.  De quelques minutes, il peut durer même quelques mois.  La personne en choc peut sembler "raisonnable", calme et en acceptation mais ne vous méprenez pas.  Souffrant trop, son mental est comme gelé et c'est une façon de se protéger de la souffrance trop intense...

 

J'ai toujours beaucoup de déception quand je vois des proches dire à une personne en deuil...

*  Sois raisonnable, voyons ça ne sert à rien de pleurer!

ou

*  Ton enfant, ton mari, ton épouse, ton frère ou ta soeur...  ne voudrait pas te voir pleurer et réagir comme tu le fais!

 

CE N'EST PAS UN SIGNE DE FORCE QUE DE SE MONTRER RAISONNABLE...  au contraire!

 

Dans notre société d'aujourd'hui.  Il n'y a plus de place pour le deuil.  Notre société prime la performance donc il faut être un "gagnant ou une gagnante".  Pleurer une "PERTE" c'est montrer sa vulnérabilité.  C'est une contre-indication contre le "BONHEUR À TOUT PRIX".  On voudrait "zapper" la souffrance comme on "zappe" en écoutant la télévison...

 

Il faut donc SE DONNER LE DROIT de vivre son deuil.  Que l'on soit riche ou pauvre.  Blanc, Noir ou Jaune.  Catholique, Musulman ou Boudhiste.  Que l'on soit en possession d'un doctorat ou analphabète...  le deuil est une réalité qui touche chaque être humain à un moment donné dans sa vie.

 

POUR L'ACCOMPAGNATEUR

 

 

 

Pour celui ou celle qui accompagne une personne endeuillée ce n'est pas facile mais je crois que la compassion et l'empathie se démontrent en :

 

*  Laissant la personne s'exprimer, pleurer.  Une main sur l'épaule, une accolade, des bras qui enlacent.  Être là en simplicité.  ÉCOUTER. 

 

*  Préparer des breuvages chauds.  Des muffins, des fruits.

 

*  Proposer un bon bain.  Un massage. 

 

*  Répondre au téléphone... 

 

*  Accueillir l'autre dans la simplicité du coeur!

 

Les premiers instants d'un deuil sont très importants.  La personne étant en choc...   il faut la dorloter et la chouchouter mais sans exagérer non plus.  Si c'est un enfant que tu dois accompagner...  vas-y doucement, dans des mots simples mais rien ne sert de cacher la réalité.  Rien ne sert d'aller dans les détails morbides mais laisse parler ton coeur!  J'avais 13 ans lorsque mon père est décédé mais j'ai apprécié que l'on me dise la vérité même si j'étais anéantie...

 

 

IL FAUT ENTRER ENTIÈREMENT DANS LE PROCESSUS DE DEUIL SI L'ON VEUT EN SORTIR UN JOUR.  RIEN NE SERT DE NIER, DE DÉNIER TROP LONGTEMPS!